Il faut réfléchir

Réflexion sur la réflexion.

Août un mois creux un peu à part dans l’année, on est soit en vacances ici ou là ou bien au travail pour les actifs ; travailler à Paris en août c’est des transports calmes, des rues désertes, des touristes un peu égarés, bref une atmosphère un peu particulière.

Et les photos alors, peu de matière mais quand même quelques unes que je regrouperai à la fin du mois.

Du coup, j’ai fait un petit retour arrière sur des photos prises depuis novembre ayant un point commun.

Grâce aux mots clés que j’associe systématiquement à mes photos je peux dans Lightroom regrouper des photos sur un thème donné, aujourd’hui j’ai choisi reflet.

Avant de faire de la photo je ne prêtais que peu d’attention aux reflets divers qui nous entourent, depuis que je photographie c’est une nouvelle dimension que je perçois. A défaut d’être la quatrième, elle n’en est pas loin.

De nombreuses photos de rue jouent avec les reflets, des autoportraits (cf Vivian Maier autoportraits) mais il y a une infinité d’autres possibilités selon l’angle de prise de vue, la lumière réfléchie, le décor, le cadrage. Le résultat est toujours surprenant, bon ou mauvais mais il est toujours difficile, contrairement à un cadrage classique, d’anticiper l’effet obtenu et ce que l’on va vraiment voir.

Le capteur de l’appareil lui ne voit pas un reflet, il capte la lumière qu’elle soit réfléchie ou directe alors que notre cerveau va fonctionner de manière complètement différente en conceptualisant la scène.

Devant une vitrine de magasin l’œil humain cherchera à voir l’intérieur, les objets exposés et fera abstraction de la lumière extérieure, si celle-ci est trop intense, on s’approchera pour l’occulter pour mieux voir l’intérieur.

Le capteur de l’appareil va lui faire apparaître des reflets inattendus, atténuer certains détails, confondre et fusionner des zones de la photo présentant une même luminosité ou couleur. Un élément se reflétant sera visible si sa lumière est plus claire ou plus foncé à un endroit donné ou deviendra complétement invisible ailleurs.

Les éléments situés dans ou au dehors du reflet peuvent ainsi au final se fondre, se dédoubler, disparaître, une infinité de possibilités.

C’est aussi pour ceux qui ont un peu de difficulté avec la photo de rue un moyen simple de prendre des scènes de rue, sans en avoir l’air, personne ne s’imagine se faire tirer le portrait dans un reflet.

Les photos que j’ai sélectionnées vont du plus simple (des photos dont le reflet est un élément de la photo parmi d’autres) au plus complexe (des photos dont le reflet est sujet).

Quasiment que de la couleur, en effet, la lisibilité de ces photos s’apprécie infiniment mieux en couleurs.

Un tunnel près de la gare de Lyon, le reflet de l’éclairage et des phares de voitures, un reflet sur le sol, et un reflet lumineux sur l’affiche. Classique mais il enrichit la composition.

 

Un monsieur météo se fait expliquer où mettre sa main pour montrer le soleil à Paris, un reflet électronique. La technologie du fond vert pour les nuls.

 

Un très léger reflet sur une vitre de cabine téléphonique qui ne déforme pas la réalité, mais ici le verre a perdu de sa transparence. Plus une transparence qu’un reflet.

 

Un miroir sur rue renvoie une partie de l’image avec un angle différent et ouvre une vue sur l’autre côté de la rue, le bouquet se dédouble.

Également un miroir mais dans la vitrine qui dédouble la passante et nous donne à voir la scène sur deux angles. Deux réalités du même instant.

 

Une photo composée entièrement sur le reflet avec une lumière équilibrée entre l’extérieur la passante et la gare et l’intérieur la salle de cours avec les sièges. Le trottoir prend la place du sol de la salle de cours. La passante ne s’imagine pas être dans le cadre.

 

Un magasin de chaussures chic au Palais Royal l’impression de reflet se dilue et la réalité se recompose différemment. L’ensemble de la photo est un reflet dans la vitrine. Le reflet du jardin disparaît aux endroits les plus lumineux.

 

 

 Une photo de l’exposition de l’artiste iranienne Newsha Tavakolian dans la Chapelle de l’Ecole des Beaux Arts de Paris, le décor de la chapelle, la sculpture, les fresques, la visiteuse se reflètent dans la photo qui semble se superposer au décor. Deux niveaux de regard.

 

Une photo renversée d’un escalator aux Halles, une en noir et blanc car son côté graphique l’emporte. Un reflet dans le plafond qui divise la réalité en deux parties.

Une sorte de restaurant avec un comptoir lumineux qui attire le regard. Puis apparaissent un escalier, des fenêtres en reflet et un morceau de photographe disparaissant dans le parquet.

Le bout du passage Vivienne avec l’entrée de la cage d’escalier, la courbe de l’escalier se mariant à la voute de la galerie unit deux niveaux de réalité qui d’habitude se font face. Un escalier confondant un autre.

Et la dernière un magasin vide avec un miroir, des passages piétons, des gens dans tous les sens, j’y comprend plus rien….

 

Arrivé ce stade on se rend compte que celui qui regarde ce genre de photos devra faire un effort d’interprétation, de compréhension, d’appréhension de la déformation de la réalité et finalement entrer dans cette autre dimension, s’y perdre ou pas, des photos qui donnent à réfléchir quoi…

Une dernière laissée à votre sagacité. Qu’y voyez vous ?

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