L’art de rire

L’humour est un art mais l’art a peu d’humour.

Le théâtre, le cinéma, le cirque, les arts vivants usent et ont usé depuis leur création de l’humour, du comique, de la comédie, du burlesque. Les arts « statiques » peintures, sculpture, littérature « arts nobles » s’il en est n’ont pas ou peu d’humour. Lorsque l’humour y vient c’est sous une forme de caricature, de grotesque, de parodie. Mais que se passe-t-il donc?

L’humour par définition ce n’est pas pas sérieux, il a été longtemps été cantonné au pur divertissement. Et pourtant ne dit-on pas que le rire est le propre de l’homme?

Quand j’ai voulu faire cet article sur l’humour dans la photographie, je me suis trouvé fort dépourvu et assez effaré par le peu de référence en la matière. L’humour dans l’art n’en parlons pas.

Quelque noms me sont venu à l’esprit, mes modestes connaissances dans l’histoire de la photo m’ont fait penser à Eliott Erwitt, Martin Parr, Robert Doisneau et    René MALTETE . J’ai découvert ce dernier dans un livre PARIS QUI RIT un ouvrage que je vous conseille par les temps qui courent. Ce qui est effarant dans ce livre c’est la quantité importante de photos dont certaines sont excellentes qui sont anonymes.

Photo René Maltête – Tous droits réservés

L’idéal de l’art c’est le beau, le rire ayant été longtemps associé aux bas instincts, avec un coté primaire et réflexe, il ne s’associe pas à la réflexion et au goût du beau. Un simple divertissement.

Et donc l’humour s’est un peu retrouvé cantonné dans certains genres, les spécialistes du rire devant y rester; rare sont ceux qui ont réussi à naviguer du tragique au comique.

Même un opéra-comique qui pourrait y faire référence et bien non puisque il s’agit d’un opéra où il y a des passages parlés. Un opéra tendance humour est un opéra-bouffe (bouffon), on revient vraiment à chaque fois vers l’outrance et le pas sérieux

Ce n’est qu’au XXème siècle que les artistes s’emparent de cet aspect pour déséquilibrer le bel ordonnancement des arts traditionnels et académiques. L’exemple qui me vient tout de suite à l’esprit c’est la Joconde affublée d’une moustache par Marcel Duchamp avec la fameuse inscription LHOOQ.

Ceux qui me suivent depuis un certain temps savent que dans mes photos de rue je cherche souvent le côté drôle de la vie, l’esprit ludique, les rapprochements inattendus. Et donc un florilège de ces trois derniers mois

Pour commencer une variation sur les rapports de la religion avec ce bas-monde.

Abordons ensuite les problèmes du couple.

Une utilisation du décor urbain et le tour est joué.

Et pour finir des couples en action.

Pour conclure laissons la parole à Eliott Erwitt. J’adore son « j’ai lu les instructions sur la boite ».

En soixante ans de carrière, Elliott Erwitt, 81 ans, membre de l’agence Magnum, a photographié des hommes politiques, des stars de cinéma, des plages, des dizaines d’enfants, des centaines de chiens. Le point commun entre ses photos ? L’humour. Il est l’un des seuls photographes à faire rire, sans complexe, avec ses images. Nous avons rencontré cet esprit espiègle en marge de son exposition, à la Maison européenne de la photographie, à Paris.

Pourquoi avoir choisi de faire rire avec vos images ?

Etre amusant est plus sérieux que d’être sérieux. Ou plutôt, être amusant, ce n’est pas manquer de sérieux. Je ne rigole pas avec l’humour !

Mais toutes vos images ne sont pas drôles…

Certaines ne le sont pas du tout. Par exemple, cette photo avec deux lavabos, l’un avec eau chaude pour les Blancs, l’autre avec eau froide pour les Noirs. On voyait ce genre de scène partout dans le sud des Etats-Unis dans les années 1950. C’est tragique, mais graphiquement fort.

Comment avez-vous fait cette photo du G.I. qui tire la langue ?

C’était pendant la guerre de Corée, j’étais à l’armée. On s’entraînait dans le New Jersey. La moitié des gars ont été envoyés en Corée, et beaucoup sont morts. L’autre moitié, dont moi, est allée en Europe, et ils s’y sont amusés comme des fous. J’ai eu beaucoup de chance dans la vie !

Pourquoi avez-vous fait cette photographie à ce moment-là ? Pour dédramatiser ?

Comment voulez-vous que je le sache ? Je ne me souviens pas de ce que j’ai fait hier !

Pourquoi la majorité des photographes choisissent-ils plutôt de montrer des côtés sombres ?

Si les photographes sont excessivement sérieux, c’est parce que la photo est un exercice trop facile. C’est une façon de lui donner un peu de gravité. La photo, ce n’est pas comme l’aéronautique ! On peut faire des images sans effort et sans formation.

Attention, je n’ai pas dit de bonnes images. Mais ça vaut le coup d’en faire de très mauvaises, car elles peuvent devenir à la mode…

Vous voyez-vous comme un artiste ?

Peut-être. Je suis surtout un artisan. Je dis souvent que je suis un photographe avec un hobby, qui est la photographie. La majorité de mes images sont alimentaires, mais je prends aussi des photos pour mon propre plaisir. Parfois elles se rejoignent, pas toujours.

Avez-vous des liens avec des artistes contemporains ?

Récemment, j’ai fait un livre sous un pseudonyme, un livre en couleur, j’en suis très content. Je fais des autoportraits à la manière d’artistes connus, comme Cindy Sherman, pour m’amuser.

Qu’est-ce que vous avez contre Cindy Sherman ?

Elle est totalement dingue.

Comment vous êtes-vous formé à la photographie ?

J’ai lu les instructions sur la boîte.

Et après ?

J’ai fait des photos des voisins, des bals de l’école. Puis j’ai travaillé dans un labo à Hollywood. J’ai tout fait : la politique, la publicité, la mode, les natures mortes, même de la photo culinaire… J’ai beaucoup photographié les enfants, j’en ai eu six, et les chiens. J’ai fait huit livres sur les chiens. Il y a des gens qui m’engagent juste pour faire un portrait de leur chien.

Pourquoi les chiens ?

Ce sont des sujets faciles et je les adore. Pour attirer leur attention, j’aboie. En fait, les chiens sont des gens avec plus de cheveux. Et ils sont plus directs.

Comme dans cette image où l’on voit un chien qui pisse devant la porte de Brandebourg ?

C’est mon chien. Il aboie en allemand. Le mur venait de tomber… Mais attention, il n’y est pour rien ! Et ce n’est pas moi qui lui ai dit de pisser là, il ne pisse pas selon mes instructions.

Avez-vous fait des photos politiques ?

J’ai tout fait. J’ai couvert la Maison Blanche sous Kennedy. Et j’ai aussi photographié la rencontre Khrouchtchev-Nixon à Moscou, en 1959. A l’époque, j’avais une commande publicitaire pour une marque de réfrigérateurs.

Quand on a annoncé la première visite de Nixon en Russie, j’ai rejoint le groupe de journalistes. J’étais au bon moment au bon endroit : on les voit qui se disputent au Salon de l’industrie, à Moscou. Richard Nixon est en train de lui dire : « Vous, les Russes, vous mangez du chou, et nous les Américains nous mangeons de la viande. » Nikita Khrouchtchev lui répond : « Va enculer ma grand-mère. »

Et la photographie de guerre ?

C’est la seule chose que je n’ai pas faite.

Pourquoi ?

C’est dangereux !

Vous savez que vous êtes difficile à interwiever ?

Il paraît. Mais vous n’avez qu’à inventer.

(Interview au journal Le Monde sur http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/02/12/erwitt-je-ne-rigole-pas-avec-l-humour_1303775_3246.html#c1wYuOJO60mYCQVo.99)

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